« Là où il n’y a rien quelque chose brille »
Poème de Luis Mizon, texte intégral.
I
Là où il n’y a rien
quelque chose brille
le rêve de la lumière enfermée
réveille la pierre
à coup de dents
du plus profond de sa racine enfouie
la terre fabrique des yeux
II
La maison de la vie
libère son cheval de couleurs
lourde et sucrée la mort arrive
et offre des pommes confites
aux enfants morts d’insolation
à la sortie de l’école
III
A la fête du désordre
arrivent les anges déchaussés
les bougies se transforment en fleurs
à l’orgie du silence
arrivent les invités
ivres d’avoir bu trop de mots
IV
Les atomes rentrent dans le rang
j’obéis en silence
et j’attends la sonnerie
pour sortir en criant
un cheval impatient
m’ emportera loin d’ici
nous chasserons le tigre
dans la vague indigo
V
Je pardonne
à la lumière
d’être si blanche
j’abandonne au passant
mon vieux pouvoir d’exhausser les désirs
je jette la haine au caniveau
je suis presque heureux
autrefois
j’aurais dit le contraire
VI
Vieilli dans l’art de faire des vers
qui consiste à oublier tout chemin
j’écoute le chant de ma mère :
l’étoile
et de mon père :
le granit barbu de la côte
ils s’endorment tous les deux
bercés dans mes bras maritimes
VII
Laisse – moi partir maintenant
au fond de mon exil
vers la terre chevauché par mon ombre
au milieu d’un fleuve
pareil à la chevelure d’un géant terrassé
notre murmure est torche
moulin et phare
là où il n’y a rien
quelque chose brille
Luis Mizon, (2007)
Les éditions mouvement fix remercie l’auteur pour sa généreuse participation à cette publication.
